Danser avec le Courant

ArchitectureExpérience spatialeEauMatérialité

Master d'Architecture · Semestre Erasmus à TU Delft
Encadré par Negar Sanaan Bensi · En collaboration avec Myrto Klimi et Marilou van Dalen

Danser avec le Courant — Rotterdam

Le projet commence avec une contrainte : un site imposé. Mais ce site n'est pas n'importe lequel. Nous sommes au cœur du Rotterdam historique, à l'emplacement du premier barrage construit sur la rivière Rotte. C'est de ce barrage — ce dam — que la ville tire son nom : Rotterdam.

Un mois de recherches approfondies sur les canaux de Rotterdam nous fait découvrir que l'eau n'est pas seulement un élément du paysage néerlandais. Elle est intimement liée à l'histoire du pays, de ses villes, de ses campagnes et de ses habitants.

Le palimpseste des canaux de Rotterdam révèle une relation complexe à l'eau, entre amour et rejet, entre eau révélée et eau cachée. Au fil des siècles, l'architecture a tour à tour célébré l'eau ou lui a tourné le dos.

Planche de concept — de l'eau à la danse

De cette recherche est née l'envie de concevoir un bâtiment qui ne se contente pas d'être au bord du canal, mais qui place l'eau au centre du geste architectural.

Faire de chaque pluie un spectacle, rendre chaque écoulement perceptible. Concevoir un bâtiment qui raconte le mouvement permanent de l'eau.

L'idée de mettre l'eau à l'honneur a progressivement guidé toutes les décisions de conception. Si le site était imposé, le programme était laissé au choix des étudiants. La fluidité de l'eau nous a amenés à imaginer un centre de danse, afin que les mouvements du corps répondent à ceux de l'eau.

Le bâtiment se compose de deux ensembles complémentaires.

Côté rue, trois volumes rectilignes et imposants reprennent le vocabulaire des anciennes écluses qui occupaient autrefois le site. Ils accueillent la médiathèque, les bureaux de l'administration, les espaces commerciaux au rez-de-chaussée ainsi que les circulations.

Côté parc, en contraste, les volumes deviennent libres et organiques. Inspirés des formes et des mouvements de l'eau, ils abritent les salles de danse. Celles-ci épousent les géométries courbes du bâtiment, créant un dialogue entre les mouvements du corps et ceux de l'architecture.

Le rez-de-jardin, ouvert sur un parc arboré, est accessible à tous. Chacun peut venir profiter des bassins d'eau douce installés à l'ombre du bâtiment.

Axonométrie éclatée — programme

Axonométrie éclatée du programme

Plan — RDC
Plan — 1er étage
Plan — 2e étage
Plan — 3e étage
Élévation du bâtiment — vue 1
Élévation du bâtiment — vue 2
Élévation du bâtiment — vue 3
Élévation du bâtiment — vue 4

Plans par étage · élévations du bâtiment

Les écoulements de pluie sont célébrés de multiples façons à travers le bâtiment.

Côté rue, les volumes rectilignes sont revêtus d'acier Corten, dont le matériau et le profil rappellent les palplanches utilisées pour contenir l'eau des canaux. Les nervures métalliques deviennent elles-mêmes de petits canaux dans lesquels l'eau de pluie ruisselle avant d'être récupérée au pied des façades.

Côté parc, les volumes courbes sont traversés par de multiples puits de lumière qui, lorsqu'il pleut, deviennent des puits d'eau. La pluie descend librement depuis la toiture à travers ces puits vitrés, rendant son passage visible aux personnes qui dansent dans les étages.

Tous ces écoulements sont recueillis dans des bassins à ciel ouvert au rez-de-chaussée, face au parc. Cet espace est aménagé comme un véritable lieu public, où les habitants peuvent s'asseoir, jouer, observer l'eau ou simplement traverser le bâtiment.

Axonométrie — parcours de l'eauCoupe transversale du bâtimentMaquettes de travail — bassins de rétention

Parcours de l'eau · coupe · maquettes des bassins de rétention

Mais ces bassins ont également une fonction technique. Rotterdam utilise des bassins de rétention pour limiter la saturation du réseau d'égouts lors de fortes pluies. Ils jouent le rôle de bassins tampons, capables de retenir temporairement une partie des eaux pluviales avant de les restituer progressivement au réseau.

Le bâtiment transforme ainsi une infrastructure nécessaire à la gestion des eaux pluviales en un espace public visible et habité.

Ce projet m'a fait comprendre qu'un bâtiment peut raconter une histoire sans aucun discours. Une matière, un détail constructif ou le simple trajet de l'eau peuvent suffire à révéler l'identité d'un lieu.

Depuis, je m'intéresse particulièrement aux projets où les contraintes techniques — qu'elles soient climatiques, structurelles ou urbaines — deviennent le point de départ d'une expérience sensible, plutôt qu'une limite à contourner.

  • Recherche historique et analyse de site menées individuellement
  • Conception et rendu du projet réalisés à trois, avec Myrto Klimi et Marilou van Dalen
  • Maquettes, coupes, élévations de façade
ArchitectureGestion de l'eauRecherche matièreMaquetteErasmus — TU Delft